Archives mensuelles : mai 2013

Le mythe des propriétaires âgés qui votent

Martin Bergeron

IMG_0151

Il existe un mythe très tenace en politique municipale à Montréal à l’effet que ce sont les propriétaires plus âgés qui élisent une administration parce qu’ils votent plus que les autres. Encore la semaine dernière, un commentateur politique populaire répétait que les médias sociaux joueraient un rôle négligeable dans l’élection à venir parce qu’ils ne rejoignent pas vraiment les propriétaires âgés qui, eux, vont aller voter le 3 novembre prochain.

C’était peut être vrai du temps de Jean Drapeau, mais ce n’est pas ce groupe qui a le plus voté en 2009, et rien n’indique que l’élection de cette année pourrait être différente. Une analyse détaillée des résultats de la dernière élection démontrent que cette affirmation ne tient pas la route.

Les locataires votent autant (ou aussi peu) que les propriétaires

Le mythe des propriétaires âgés qui votent repose d’abord et avant tout sur une lecture fiscale de la politique municipale. L’argument va comme suit: puisque les villes ne collectent ni impôt sur le revenu, ni taxes sur la consommation mais perçoivent des revenus basés sur la valeur foncière, il est logique de croire que ce sont les propriétaires qui vont vouloir déterminer ce que l’on fera de leurs taxes.

Voyons voir ce que ça donne dans la réalité en commençant par un tableau qui compare les deux districts ayant le plus de propriétaires à Montréal avec les deux qui en ont le moins. Pour rendre les résultats encore plus significatifs, le tableau présente également la moyenne pour l’ensemble de Montréal dans chaque catégorie, et garde le facteur âge à peu près constant:

Proprios

 

L’exemple de Pierrefonds-Ouest est assez frappant: il s’agit du district où l’on retrouve le plus de propriétaires à Montréal, mais il compte quand même le 2e taux de participation le plus faible en 2009, se situant à 9,1% en dessous de la moyenne pour l’ensemble de la ville. En comparaison, le district de Darlington a  eu un taux de participation de 1% supérieur à Pierrefonds-Ouest même s’il s’agit du district où il y a le moins de propriétaires à Montréal.

Au deuxième rang dans chaque catégorie (propriétaires-locataires), le taux de participation est à peine plus élevé à l’Ile-Bizard que dans Ste-Marie. On notera au passage qu’il s’agit également du district le plus riche (Ile-Bizard) et le plus pauvre (Ste-Marie) de Montréal, ce qui ne semble pas non plus influencer la participation électorale, contrairement à la perception populaire.

Il est utile également de noter que tout l’arrondissement de L’Ile-Bizard ne compte que sur 12 780 électeurs alors que Ste-Marie en a 16 012.

Ces résultats ne sont pas le fruit d’un faible échantillon non plus. Ainsi, parmi les vingt districts montréalais ayant plus de 35% d’électeurs qui sont propriétaires, le taux de participation était en moyenne de 41,7% comparativement à 39,4% pour l’ensemble de Montréal.

Compte tenu du nombre relativement faible de propriétaires à Montréal, il ne faut donc pas exagérer leur importance au sein dans l’électorat.

L’apathie des jeunes vs. le sens civique des plus vieux?

Autre mythe tenace en politique municipale: les jeunes ne s’y intéressent pas, mais les plus vieux, eux, ne manqueraient jamais une occasion de voter. Ici, il est intéressant d’établir des comparaisons entre deux districts d’un même arrondissement pour vérifier si, toutes choses étant égales par ailleurs, la présence de davantage d’électeurs de 65 ans et plus a fait en sorte d’augmenter le taux de participation.

65ans+

 

Dans les deux arrondissements cités, même s’il existe un écart de presque 10% dans le pourcentage d’électeurs ayant 65 ans et plus entre les districts, la différence au niveau du taux de participation demeure négligeable. Ajoutons dans le cas d’Anjou que le pourcentage de propriétaires semblait favoriser le district Ouest également, mais les deux facteurs combinés n’ont rien fait pour améliorer le taux de participation.

Encore une fois, si l’on regarde l’ensemble des districts de Montréal, on se rend compte qu’avoir une population plus âgée n’est pas forcément gage d’un meilleur taux de participation.

Ainsi, par exemple sur les 11 districts ayant plus de 18% de leurs électeurs âgés de 65 ans et plus, 4 districts ont des taux de participation supérieurs à la moyenne montréalaise, 4 autres si situent tout près de la moyenne, et 3 districts ont des taux de participation plus faibles que la moyenne.

Si on lit la même situation dans l’autre sens, on constate que parmi les 20 districts ayant obtenu les meilleurs taux de participation, 9 d’entre eux ont une population de 65 ans et plus supérieure à la moyenne, alors que les 11 autres en ont un nombre moins élevé que la moyenne montréalaise.

La réalité des locataires plus jeunes qui votent

Mais alors, si les locataires votent autant que les propriétaires et les plus jeunes autant que les plus vieux, qu’en est-il de la combinaison des deux? Après tout, peut être y’a-t-il une chimie qui opère lorsqu’on réunit les deux conditions, c.à.d. être propriétaire ET plus âgé qui fait en sorte qu’on ira voter davantage que les autres?

Afin de tester le mythe des « propriétaires âgés qui votent » à son mérite, j’ai d’abord sélectionné trois districts qui feraient le bonheur des tenants de cette théorie: trois districts où l’on retrouve amplement de propriétaires d’âge mur. Puis, j’ai également sélectionné trois autres districts où ces mêmes théoriciens traditionnels croiraient trouver un désert de participation électorale, c.à.d. beaucoup de jeunes locataires qui ne paient pas de taxes foncières, et qui ont donc certainement d’autres choses à faire que d’aller voter lors du scrutin municipal.

District idéal

 

La conclusion est claire et limpide: la comparaison entre les deux groupes donne un résultat inversement proportionnel au mythe véhiculé. Les locataires plus jeunes ont voté en 2009 au moins autant, sinon plus, que les propriétaires âgés. Certaines comparaisons sont carrément saisissantes:

  • Les blocs appartements d’Hochelaga ont « battu » les cottages et bungalows de St-Laurent par une marge de 4,4%;
  • Sault St-Louis à Lasalle a le nombre de propriétaires et de personnes âgées qu’il faut, mais mobilise tout de même 5,7% de moins de ses électeurs que Villeray;
  • Les « petits jeunes » de l’est du Plateau sont sortis massivement et ont envoyé aux urnes 8,6% de plus d’électeurs que la machine électorale de St-Léonard;
  • Côte-de-Liesse a plus de la moitié de ses électeurs qui sont propriétaires, Villeray moins du quart…mais c’est Villeray qui l’emporte par une marge de 14,5%!

Conclusions

Les résultats de l’élection 2009 démontrent clairement qu’il est faux de prétendre que les propriétaires plus âgés constituent la clientèle qui vote le plus. Or, rien ne semble indiquer que cette élection ait été une aberration, et que nous pourrions nous attendre à un résultat différent cet automne.

Malgré tout, je demeure convaincu que de nombreux commentateurs politiques, professionnels ou non, continueront de véhiculer ce mythe au cours des prochains mois.Pour ma part, je vais continuer d’informer les lecteurs de ce blogue en me basant sur des faits plutôt que des impressions.

J’aurai l’occasion de revenir sur les véritables facteurs qui influencent le taux de participation dans les cadre de mes articles portant sur l’analyse politique au cours des prochaines semaines.

Punir les firmes collusionnaires: attention aux dommages collatéraux

Donald Riendeau

Gladiator-fights

L’hypersensibilité et la frustration règnent présentement au Québec envers les 5 ‘’C’’ : corruption, collusion, complaisance, conflits d’intérêts et communications d’influence.  Nous sommes à la fois si écœurés et empressés de voir des changements se produire que nous sommes prêts à suivre nos gouvernements aveuglément, lesquels pour nous plaire et gagner du capital politique, sont prêts à condamner et détruire des entreprises.

Or, les propositions récentes du gouvernement (Loi 1), celles du gouvernement précédent (C-73 et C-25) et celle du Maire Applebaum souhaitant écarter une firme d’ingénierie (voir plusieurs) des appels d’offre de la Ville de Montréal, sont déraisonnables et destructrices pour l’économie et le tissu social du Québec. Le réflexe de nos politiciens a été de punir les organisations coupables pour apaiser la grogne populaire mais sans mesurer toutes les conséquences à moyen terme des lois adoptées à la va-vite. Condamnons toutes ces entreprises pour nous donner bonne conscience. Cela nous ramène allégoriquement au temps des Romains : un peu de sang,  ça fait du bien… Ou aux siècles passés : une purge guérit tout.

Les quelques lois adoptées récemment ont été écrites dans un esprit de punir une entreprise entière pour la turpitude d’un ou de quelques dirigeants, actionnaires ou administrateurs. Imaginez: quelques crapules chez SNC-Lavalin et voilà les contrats retirés pour cinq ans dans le secteur public !

Conséquences :  des pertes d’emplois assurés au sein des 30,000 employés dont la très vaste majorité sont honnêtes. Des impacts indirects sur des milliers d’emplois indirects. Des désastres économiques pour une foule de fournisseurs compétents et consciencieux. Des prédateurs financiers étrangers,  flairant la bonne affaire décideront de faire une offre d’achat hostile sur cette entreprise, privant le Québec de centaines de millions d’impôts versés chaque année puisque le siège social sera transféré à l’étranger. À la guerre, on nomme de telles conséquences «  dommages collatéraux ».

Dans deux de ses récentes décisions, la Cour Suprême du Canada énonçait que l’intérêt d’une organisation ne devait pas être synonyme ou confondu avec celui de ses actionnaires mais devait également tenir compte des intérêts des employés, des clients, des créanciers, des fournisseurs, du public et des autres parties prenantes. Il est donc très dangereux pour un gouvernement provincial ou municipal de condamner publiquement une entreprise dans son ensemble alors que quelques dirigeants ou actionnaires ont agi de manière illégale… aussi frustrant cela soit-il. Agir ainsi va à l’encontre de ce principe de la Cour Suprême.

Pire encore, laisser à l’Autorité des marchés financiers (AMF), avec toute la compétence qu’elle puisse avoir, l’odieux de déterminer quelle entreprise mérite la ‘’confiance du public’’ est fort probablement inconstitutionnel puisque trop aléatoire. D’ailleurs, qui peut juger de l’intégrité d’une entreprise et de la confiance du public ? L’on trouvera probablement quelques exceptions et entourloupettes pour épargner les firmes de 5000 employés, mais quelques firmes d’une dizaine d’employés périront pour montrer politiquement que l’on a agi. Pas beaucoup plus éthique!

Il ne faut pas protéger ou laisser ces firmes impunies pour leurs actions inacceptables. Cependant, il ne faut pas non plus les détruire parce que quelques fripouilles se sont servies pendant une époque où c’était le buffet à volonté au Québec. Une époque où plusieurs de nos instances de surveillance dormaient littéralement au gaz, et ne faisant pas preuve de la vigilance qu’elles présentent aujourd’hui.

Quoi faire ? Trouvons des preuves en dehors de la Commission d’enquête pour incriminer les individus plus que les organisations, mais également récupérons au passage quelques centaines de millions des beaux profits réalisés par ces firmes à un rythme qui ne les détruiront pas.

Ensuite, soyons imaginatif. Au lieu de seulement adopter une approche punitive, pensons féliciter les compagnies éthiques.

Par exemple, j’ai appris récemment qu’une firme d’ingénierie tente en vain depuis 20 ans d’obtenir des contrats auprès de la Ville de Montréal et de plusieurs autres municipalités parce qu’elle n’a jamais accepté de jouer le jeu des entreprises collusionnaires. Une partie de la solution consisterait à récompenser de telles entreprises, qui ont fait la preuve du temps.

Pourquoi ne pas implanter à la grandeur du Québec un système de points de mérite ou de démérite lors des appels de propositions. Un système qui par exemple accorderait 10% aux entreprises n’ayant pas fait l’objet de condamnation ou d’accusations au cours des 10 dernières années ou, mieux encore, qui ont mis en place un véritable programme d’intégrité. Cette avenue permettrait aux compagnies éthiques de gagner plus de contrats sans nécessairement détruire les entreprises au sein desquelles  quelques dirigeants ont agi avec cupidité et malice.

Comme disaient les Romains : « Corruptio optimi pessima » c.à.d. la corruption des élites est la pire. C’est donc au niveau des élites responsables que les sanctions devraient s’appliquer et ce, avec vigueur.

Je crois que les québécois trouveraient cette solution acceptable et plus équitable pour tous. Au lieu d’essayer de frapper le ‘’coup de circuit politique’’ de la semaine pour briller, essayons de construire ou de reconstruire tous ensemble pour demain.

Espérons que nos gouvernements éviteront d’utiliser des lois à des fins partisanes pour calmer la grogne. Il est très dangereux pour l’économie du Québec et notre confiance collective de croire que l’accumulation de lois procédurières assurera des conduites éthiques.

Finalement, n’oublions jamais que l’éthique est très importante mais ne doit pas être aveugle aux autres enjeux de notre société. Ces enjeux sont légaux, économiques, sociaux et même fiscaux.

The Gazette: Rebuilding the city’s image

Martin Bergeron

I was interviewed by The Gazette’s Peggy Curran this week for an article about leadership in Montreal, and the upcoming municipal election. Here is the link to that article published today:

http://www.montrealgazette.com/news/Rebuilding+city+image/8336170/story.html

And here are all the excerpts where I am quoted:

“Strength of character, willingness to exert leadership,” said Martin Bergeron of Réflexion Montréal, a think tank he set up with urban analysts last fall. He said tackling corruption and collusion must be Job 1.

“If we don’t deal with that, we don’t get the trust of citizens. How do you move on with spending on projects if people think you are giving money to crooks?”

Martin Bergeron is a policy analyst who left the Montreal Board of Trade to set up Réflexion Montréal. At 43, with a master’s in public policy from Concordia University, he’s a self-proclaimed “policy wonk,” bursting with ideas about what Montreal needs. Things like restructuring city government and boroughs, wrestling with employee pension funds and finding innovative ways to keep young families in the city without turning the metropolis into a suburb.

“It’s not going to be about cutting ribbons and throwing a Christmas ball. It’s going to be a thankless job.”

Bergeron doesn’t hide the fact that he’d also like to run for municipal office, sooner rather than later, ideally alongside a candidate whose political philosophy coincides with his. For the moment, he’s still waiting to figure out who that person might be.

“Louise Harel cannot be the mayor of Montreal,” said Bergeron, who sees her role as Parti Québécois minister for municipal affairs during the forced merger of Montreal and its suburbs as just one factor destined to keep her out of the mayor’s chair.

“The irony is she is the architect of the new city, but she cannot be mayor,” Bergeron said, citing the 71-year-old Harel’s weak English skills and staunch sovereignist beliefs. “The last thing we need is a divisive mayor that can strongly represent one part of the population, but be polarizing to the other ones.”

His namesake, Projet Montréal’s Richard Bergeron, “has some good ideas, but he’s not a realistic politician.” He mentioned the Projet Montréal leader’s position on a proposed 37-kilometre tramway, which he said his administration would build over five years with help from private backers.

As someone who worked on a tram study during his years at the Board of Trade, Bergeron said the claim is unrealistic. “He could knock on all the doors he wants. It would not work. He tends to do that with a lot of projects. They make sense in his mind.”

Of Coderre, “he has at least one thing going for him: he wants the job!” Bergeron said. “Other than that, we know so little about what he intends to do that it is hard to judge. I guess we will have to wait to see.”

Bergeron sees previous political experience as an asset, but not a prerequisite. “Michael Bloomberg, for example, had never done politics before. Yet he is a great and strong leader for New York and no one would dare not listen to him.”

For Bergeron, it’s imperative that the next mayor find a way to push harder for Montreal’s concerns, which are often ignored by federal and provincial governments that don’t see political gains in a region where voting patterns have been fairly predictable.

“We are a city of 1.9 million people and sometimes it feels like our priorities are treated not as important as Laval or Quebec City,” Bergeron said. “It’s not enough to send a wish list and then wait for results.”

Still, Bergeron said the next mayor won’t have any clout — in Ottawa, Quebec or with Montreal residents — until people believe he or she is serious about cleaning up the city’s act.

“You’d like to think we wouldn’t have to say: ‘We need elected officials that have ethics.’

Duh. That ought to be a prerequisite and you don’t even have to discuss it. Unfortunately, that’s not the world we live in. If we don’t get the trust of the population, we cannot go forward with major reforms.”