Archives mensuelles : janvier 2013

La culture à Montréal, c’est pas JUSTE de la culture

par Martin Bergeron

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J’ai assisté hier au lancement du guide La culture: faites-en votre affaire de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Ça se passait le lendemain d’une annonce concernant l’arrivée prochaine d’un studio d’effets spéciaux dans le Mile-End, et d’un texte de Simon Brault sur l’importance du Cirque du Soleil pour le secteur culturel de Montréal.

De toute évidence, la culture à Montréal…c’est pas JUSTE de la culture. Vous savez ce que je veux dire? Dans bien des endroits dans le monde, on considère la culture comme:

1- Un poste de dépenses pour les pouvoirs publics qu’on indexe à l’inflation;

2- Des activités pour se divertir, pour « avoir du fun »…et réfléchir un peu, une fois de temps en temps;

3- Des artistes qui, pour la plupart, ont besoin de « quêter » de l’argent pour survivre…mais bon, faut bien leur donner quelque chose parce qu’ils sont bien sympathiques.

Mais à Montréal?

La culture fait tellement partie de notre ADN maintenant, de ce qui nous distingue, de ce qui fait notre marque de commerce, de ce qui fait parler de nous positivement à l’étranger, de ce qui structure des quartiers et crée des emplois…la culture à Montréal, c’est un secteur d’activité stratégique!

C’est pour ça que c’est si important que la Chambre de commerce incite les gens d’affaires à investir (et à s’investir) dans la culture. Même lorsqu’ils font un don, on doit se rendre compte que c’est aussi un investissement dans le développement de Montréal.

Et qu’en est-il du financement public? On a un mélange de bon et de moins bon…et le financement public de la culture est, à mon avis, à la croisée des chemins en ce moment.

Le bon? Plusieurs éléments, dont:

1- Des infrastructures très importantes qui ont été construites au cours des dernières années: investissements colossaux dans le Quartier des spectacles, l’Adresse symphonique, rénovations et agrandissements au Musée des beaux-arts, Musée Pointe-à-Callières…

2- Des incitatifs fiscaux performants pour stimuler les dons: Placement culture connait un bon succès…et tant mieux si le comité récemment mis en place par le gouvernement du Québec suggère d’aller encore plus loin;

3- Un bon support aux tournées à l’étranger pour permettre à notre talent de s’exporter, et ainsi accroitre leur visibilité et leur « clientèle » parce que, clairement, le marché domestique ne suffit pas à absorber tout le talent qu’on a;

4- Enfin, de façon générale, une bonne reconnaissance de l’importance de la culture dans la foulée du Rendez-vous Montréal: métropole culturelle. Je pense que les anti-culturels sont en voie de disparition!

Le moins bon et la croisée des chemins maintenant? En clair, le financement traditionnel au fonctionnement ne suffit tout simplement plus à la demande! Les conseils des arts sont obligés de faire des choix déchirants, et de déshabiller Pierre pour habiller Paul.

Ce modèle traditionnel de financement n’est pas suffisant en l’état actuel, et ne s’inscrit pas non plus dans une logique de considérer la culture comme un investissement plutôt que comme une dépense!

Alors pourquoi est-ce que le développement économique ne financerait pas des initiatives et des organisations du domaine de la culture, entre autre sous l’angle de l’entrepreneuriat pour soutenir la relève?

Oui, oui, il y a bien déjà quelques initiatives de temps en temps, notamment sous l’angle de l’économie sociale…mais là je parle d’un apport beaucoup plus soutenu. D’autant plus que la culture doit être encore plus mise en valeur dans nos stratégies pour le tourisme également.

Évidemment (ai-je besoin de le dire?) je ne parle surtout pas ici d’enlever quoi que ce soit aux conseils des arts! Je ne parle surtout pas de transférer des budgets mais bien d’en ajouter des nouveaux qui répondraient à une logique de financement différente.

Ainsi, les conseils des arts continuent d’attribuer du support au fonctionnement basé sur le mérite artistique, mais le développement économique accorde un soutien financier supplémentaire au théâtre Aux Écuries et au Festival du Jamais Lu, par exemple, sous l’angle qu’il s’agit « d’incubateurs d’entreprises. »

(Avertissement #1: je ne prend pas ces deux organisations au hasard: je suis le vice-président du conseil d’administration de la première, et je suis mécène « Acteur de développement » de la deuxième. Je les nomme à titre d’illustration, mais je suis bien placé pour savoir qu’il s’agit de projets exemplaires.)

(Avertissement #2: Aux artistes qui se sentiraient mal qu’on les considère comme des « entreprises », j’aurais le goût de vous dire « prenez l’argent et mettez le dans vos projets artistiques…ça ne change rien à ce que vous êtes vraiment! »)

Le secteur culturel est en quelque sorte victime de son succès: il croit pas mal plus vite que les revenus de l’état. Donnons nous les moyens de le soutenir à la hauteur de son importance pour Montréal.

Parce que, après tout, la culture à Montréal, c’est pas JUSTE de la culture.

Hausser la gouvernance municipale dans l’intérêt du citoyen

par Donald Riendeau

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Les quelques mandats que j’ai réalisé et qui consistaient à analyser l’éthique et la gouvernance de plusieurs municipalités m’ont permis de mieux cerner les enjeux avec lesquels le domaine municipal doit composer.

Un directeur général nous fit part de son point de vue très imagé et à la fois révélateur. Ayant survécu à cinq élections, il partagea l’analogie suivante : « La gouvernance municipale c’est un peu comme le vin, une élection sur deux tu tombes sur un grand cru, l’autre fois il est bouchonné et tu dois le boire pendant plusieurs années… ».

Cette mise en bouche nous amena à identifier deux ingrédients essentiels à une bonne gouvernance :

Agir dans l’intérêt de la municipalité 

Le conseiller municipal est l’équivalent d’un « administrateur » pour le conseil d’administration d’une société d’État ou d’une entreprise, il doit veiller à la gouverne de sa municipalité. Tel que le prévoit l’article 322 du Code civil du Québec, il doit gouverner dans l’intérêt de celle-ci.

Pourtant et trop souvent, l’intérêt des partis politiques et parfois même les intérêts personnels prennent le dessus sur les intérêts de la municipalité.

La mise en commun des opinions, expériences et compétences particulières des élus devrait contribuer à ce que la meilleure décision soit prise dans l’intérêt de la municipalité. L’intérêt de la municipalité définit le processus décisionnel en fonction de l’intérêt du citoyen et en considérant les ressources humaines, financières et matérielles à disposition.

Faire des choix dans ce contexte n’est pas toujours facile puisque chaque conseiller a souvent sa propre définition de ce qu’est « l’intérêt » du citoyen. C’est à la fois le plus important défi et la plus grande force d’un conseil municipal.

Agir dans l’intérêt de la municipalité signifie également qu’une fois la décision adoptée, que ce soit à l’unanimité ou par une seule voix, chaque conseiller doit l’accepter, s’y rallier et déployer les efforts pour qu’elle puisse se réaliser.

Assurer un bon équilibre entre représentativité, indépendance et compétence 

Les bonnes pratiques en matière de gouvernance suggèrent de maintenir un bon équilibre entre la représentativité, l’indépendance et la compétence du conseil d’administration.

La « représentativité » ne correspond pas au respect des positions politiques des élus en regard de leur parti. Il s’agit plutôt de la diversité des intérêts des citoyens.

L’« indépendance » est un concept à la mode. Tout en étant vague le concept est parfois difficilement applicable dans des municipalités où les liens d’affaires, familiaux et d’amitié s’entremêlent. Le plus important, comme le souligne monsieur Yvan Allaire, Président de l’Institut sur la gouvernance, est l’« indépendance d’esprit ».

Le conseiller municipal démontrera son indépendance d’esprit par la légitimité et la crédibilité qu’il suscitera auprès des autres conseillers, cadres, employés et citoyens.

La « compétence collective » d’un conseil correspond aux expériences et expertises qui permettront de répondre aux enjeux présents et futurs de la municipalité. Dans la plupart des organisations privées et publiques, un comité de gouvernance identifie quelle devrait être la composition optimale du conseil.

Puisque c’est la population qui élit les conseillers municipaux, il arrive à l’occasion que les compétences souhaitées ne soient pas réunis.

Par exemple, la Ville de Montréal aurait sans doute bénéficié de la compétence d’un ou deux conseillers avec de l’expérience en gestion de grands projets et en approvisionnement. Les bonnes questions auraient pu être posées…

Suite aux profonds changements des pratiques de gouvernance des grandes entreprises privées, des sociétés d’État et des établissements du secteur de l’éducation, les municipalités devront à leur tour améliorer certaines pratiques de gouvernance afin que chaque « cuvée municipale » agisse dans l’intérêt de la municipalité et réunisse les ingrédients nécessaires à la bonne gouverne de celle-ci.

Cadeau ou pas cadeau?

par Donald Riendeau

Je suis parfois surpris de constater l’incertitude et l’inquiétude qui entourent les enjeux éthiques de notre quotidien. À titre d’exemple, l’employé qui me consulte pour savoir s’il doit déclarer la carte de Noël reçu d’un fournisseur… Je lui réponds, avec un brin d’humour, « Ça dépend s’il y a un billet de $ 100 à l’intérieur » ! Récemment un dirigeant d’une firme d’ingénierie m’avouait en perdre le sommeil puisqu’il y a moins d’un mois il invitait, en toute simplicité et sans arrière pensée, son ami Robert au restaurant. Or, ce dernier travaille pour une société d’État et toute activité, repas et cadeau sont interdits.

La remise d’un cadeau peut être interprétée de différentes manières par la personne qui l’offre, par celle qui le reçoit et celle qui le perçoit.  Il y a 10 ans, la plupart des gens, dans la vie de tous les jours, voyaient davantage de bonnes intentions que de mauvaises. Aujourd’hui, le Québec est plongé dans une crise de confiance sans précédent. Les citoyens sont persuadés que les politiciens, hommes d’affaires et professionnels leur cachent des choses. Tout cadeau devient suspect quelle qu’en soit la valeur.

La véritable question est de savoir si un avantage reçu est de nature à fausser votre jugement et votre impartialité. Vous faire payer un club sandwich par un fournisseur entache-t-il votre impartialité ? Est-ce qu’un élu municipal perd son jugement pour avoir bu un verre de vin lors d’un cocktail financé par une firme d’ingénierie ? Peut-être après deux ou trois verres, mais… C’est du moins la paranoïa dans laquelle se retrouve plongé le Québec par les temps qui courent. Certains attribuent la faute aux journalistes qui dénoncent en première page le remboursement d’un paquet de gomme à $ 1,69 par le président d’une société d’État ou encore lorsqu’est remis en question l’intégrité d’un avocat qui a jadis contribué à un parti politique.

En réalité le mal est beaucoup plus profond et les journalistes ne sont que le reflet de notre société. La société québécoise a été trop longtemps un large buffet à volonté où complaisance, conflits d’intérêts et même collusion étaient acceptés ou, du moins, tolérés. Nombreux étaient les cabinets qui encourageaient sans gêne leurs professionnels ou employés à financer les partis politiques… Cependant, du jour au lendemain les québécois remettent en question toutes ces pratiques, même les plus anodines.

Si bien que nous risquons de devenir « anti-éthique » à vouloir être « trop éthique ». L’objectif ne doit pas être de bannir toutes les relations humaines : ce qu’il faut c’est davantage de transparence, de raisonnabilité et surtout de crédibilité. Les extrêmes ne sont pas bons, les gens ont besoin de comprendre pourquoi un cadeau, un repas ou une activité est interdit. D’ailleurs le mot « éthique » vient du mot grec « ethos », qui signifie « manière de vivre ensemble ». Cela devrait être agréable et non contraignant.

M. Confiance chez Réflexion Montréal: Me Donald Riendeau

Après vous avoir présenté un premier membre du groupe Réflexion Montréal au cours de l’automne dernier, Joël Thibert, il me fait plaisir aujourd’hui de dévoiler l’identité d’un autre membre qui accepte de s’afficher et de publier des textes sur ce blogue.

Il s’agit de Me Donald Riendeau, propriétaire et consultant principal au Groupe Confiance. Plusieurs d’entre vous le connaissez déjà puisqu’il intervient fréquemment dans les médias (journaux, radio et télé) pour donner son opinion d’expert sur les questions de confiance, d’éthique et de gouvernance. Il a notamment été appelé à commenter les travaux de la Commission Charbonneau l’automne dernier.

Me Donald Riendeau, LL.B., LL.M., MBA.
Avocat indépendant et conseiller en éthique, gouvernance et confiance
Me Donald Riendeau est avocat et conseiller spécialisé dans les domaines de l’éthique,  de la gouvernance et de la confiance. Depuis plus de huit ans il accompagne présidents, directeurs généraux, conseils d’administration et comités de gouvernance dans l’élaboration et la mise en place de stratégies de gouvernance et de cadres de gestion de l’éthique.
Me Riendeau est considéré par ses pairs comme étant l’un des principaux experts en diagnostic des pratiques de gouvernance ayant assisté plus d’une cinquantaine d’organisations.
Me Riendeau collabore avec l’Institut sur la gouvernance depuis ses débuts et a activement participé au développement d’outils, de diagnostics et de formations en gouvernance
Formateur recherché
Il est également formateur auprès de diverses organisations et ordres professionnels dont le Barreau du Québec, MBA des HEC, l’Ordre des ingénieurs, le Quality Management Institute, la FQM, l’AQESSS, MAPAQ, etc. Il occupe également les responsabilités de conseiller à l’éthique auprès de diverses organisations privées et publiques dont la Commission de la construction du Québec. Plus de 6 000 participants ont assisté aux différentes formations rédigées et présentées par M. Riendeau.
Parcours professionnel
Me Riendeau a débuté sa carrière en tant qu’avocat en droit corporatif au sein du cabinet Leduc Lambert (acquis par Lavery de Billy). Il a ensuite poursuivie en tant que stratège, assistant la direction de grandes organisations canadiennes (Telus, BCE et Quebecor).
Me Riendeau a suivi une Maîtrise en droit international de l’Université de Lausanne (1996-1997), une Maîtrise en administration des affaires de HEC Montréal (1999) et un Diplôme en éthique de l’Université du Colorado (2005).
Me Riendeau siège également sur le conseil d’administration de divers organismes sans but lucratif.

RÉSUMÉ: Développement TOD, consultation publique et application du PMAD

par Martin Bergeron

J’ai assisté avec beaucoup d’intérêt à la conférence de Christopher Zimmerman dans le cadre du colloque URBA 2015.

Voici donc en vrac les principaux constats et enseignements qui ont retenus mon attention en vue de développer des quartiers TOD (transit-oriented development) à Montréal:

1er enseignement- critères d’un quartier TOD réussi

Les trois principaux ingrédients requis pour réussir un quartier TOD sont la densité, la mixité des usages et la qualité de l’offre de transport en commun.

La densité est nécessaire pour plusieurs raisons, mais l’une d’entre elle est certainement qu’il s’agit de la meilleure façon de rentabiliser les investissements requis pour le transport en commun.

En effet, près de 75% des usagers du transport en commun sont des personnes qui habitent à l’intérieur d’un rayon de 0,4 km (1/4 de mile) de la station de métro, gare de train ou arrêt de Système Rapide par Bus (SRB).

La mixité des usages (résidentiel, commercial, bureaux) est nécessaire pour  créer de véritables milieux de vies autour des stations et gares. Au coeur de tels quartiers TOD, on retrouve donc non seulement l’installation de transport en commun, mais également l’artère commerciale qui permet de faire la plupart des courses à pied.

Finalement, ce que j’appelle ici la qualité de l’offre de transport en commun implique en premier lieu une bonne fréquence du service afin de réduire les temps de déplacement – et ce, à toutes les heures d’ouverture du service – mais également le confort des voitures et tout ce qui en fait une option de transport attrayante.

2e enseignement- la consultation publique

Le « buy in » de la population est nécessaire si l’on veut aller de l’avant avec des changements aussi fondamentaux. La consultation publique joue un rôle clé dans la migration vers un modèle de développement de type TOD. Cela veut donc dire:

a) Pas de problème avec le NIMBY: Loin de voir le réflexe du « Not In My BackYard » (NIMBY) comme un problème, Zimmerman trouve normal et sain que des citoyens se soucient de leur voisinage immédiat. Qui plus est, il estime que les gens du quartier sont bien souvent les plus grands experts sur la dynamique locale parce que, après tout, ils la voie évoluer en temps réel.

Est-ce à dire qu’il faut faire fi du bien commun et donner un droit de véto à des opposants locaux? Évidemment que non, mais le succès d’un développement repose en premier lieu sur l’acceptation des voisins immédiats.

b) Moduler l’intensité de la consultation: Zimmerman plaide pour une modulation en fonction de l’ampleur et de la chronologie de la consultation publique. Plus on est en amont dans le processus et que l’on consulte le public sur une échelle macro, plus il est nécessaire d’aller vers un modèle d’implication (Involve), ou de collaboration (Collaborate).

Une fois qu’on aura créé un consensus large sur les grandes orientations du nouveau plan, il sera normal de migrer vers une implication du public de type consultation (Consult) ou d’information (Inform) lorsque vient le temps d’approuver des projets de développements micros qui se conforment au plan.

c) Implication des élus: à Montréal, les élus tiennent un rôle d’arbitre par rapport à l’OCPM, c.à.d. qu’ils sont volontairement en retrait du processus, attendent de recevoir le rapport final, puis voient par la suite jusqu’à quel degré ils en tiendront compte.

Pour Zimmerman, surtout lorsqu’on est à l’étape de la consultation macro et des grandes orientations du plan, il est essentiel que les élus soient présents dans la salle et qu’ils puissent directement répondre aux questions du public. En ce sens, les élus doivent être parties prenantes du processus, et non en retrait. Ils doivent s’impliquer personnellement pour obtenir le « buy in » du public.

3e enseignement– Les orientations du PMAD doivent guider tout le processus d’approbation des projets.

Un projet de développement qui propose de la densité et de la mixité d’usage dans un zone TOD identifiée par le PMAD devrait être mis sur la voie rapide d’approbation: accompagnement de la ville centre, implication de l’élu responsable au comité exécutif, pas d’accrochages avec les arrondissements, consultation publique cohérente et fluide, etc.

A contrario, un projet soumis qui ne correspond pas aux orientations du PMAD devra nécessairement être rangé au bas de la pile et attendre son tour sagement.

Version complète de cet article: https://reflexionmontreal.com/2012/10/24/urba2015_zimmerman/